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Quand la promesse de jouissance épuise le désir

À Saint-Maur-des-Fossés, le 26 septembre 2026

Choisir, c’est renoncer. C’est aussi un engagement de l’être : l’acceptation de sa finitude et du manque qui le marque irrémédiablement. Fort heureusement pour cet être manquant — pour nous tous —, on ne saurait avoir le beurre, l’argent du beurre et les rondeurs de la crémière.

C’est pourtant l’illusion que les catalogues de streaming ou les applications de rencontre tentent d’entretenir : celle d’une promesse que la perle rare existerait obligatoirement dans la masse et qu’enfin, la complétude serait de mise — petit fantasme infantile d’un Moi se rêvant à nouveau comblé.

Si les divertissements, selon Pascal, tendaient à nous faire oublier notre finitude, ceux d’aujourd’hui persuadent les consommateurs que cette finitude est à vaincre et que la limite n’existe que pour être dépassée. Cette logique a pris un tel essor que la mort elle-même apparaît, dans le discours de quelques milliardaires zélés, comme une simple maladie qu’il s’agirait de soigner.

Quel enfer pour le désir, toujours réduit à l’état de pulsion à assouvir par la consommation effrénée de nourriture rapide, de contenus standardisés et d’offres illimitées. L’injonction, sans cesse martelée par la société de consommation, à « jouir » comme si l’objet de nos désirs était enfin à portée de main ne fait qu’entretenir l’être dans les aliénations de son Moi, ses frustrations et ce sentiment lancinant de passer à côté de sa vie. Refuser le manque, c’est gangrener sa capacité à choisir et à s’engager réellement avec son propre désir.

Cette promesse de jouissance tournant à vide ne tire personne vers le haut, au contraire d’une psychothérapie ou d’une psychanalyse. Ces traitements ouvrent des voies libidinales nouvelles à partir desquelles il devient possible de « construire sa responsabilité de conduire aussi sa destinée. »

Amorim (de), F. (2024) « De la mesquinerie à la construction ». in Brèves 2024, Paris, RPH, à paraître.