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Quand l’IA joue au « psy »

« Quand l’IA joue au psy », titre Le Journal des psychologues(1), ou encore « L’IA se prend pour votre psy » par Libération(2), deux articles traitant des intelligences artificielles employées par des utilisateurs souhaitant parler à des « psys » à tout moment, et biensûr gratuitement. Il y aurait de quoi dire, autant sur la puissance singulière de l’imaginaire que sur celle des technologies mises au service du semblant, ce sucre d’orge du Moi. Mais en un premier temps, c’est bien le terme de « psy » qui apparaît à la fois grossier et cohérent avec le propos. Car oui, il semblerait que les « psys » soient remplaçables par des intelligences artificielles, à savoir des algorithmes qui imitent la conscience humaine, entraînées qu’elles sont à berner l’utilisateur. Nous découvrons que les IA sont, sur tous les fronts, capables de produire dans l’esprit humain ce que Jacques Lacan a nommé si justement la « relation imaginaire »(3).

Et là où le propos devient cohérent, c’est dans l’emploi de cette contraction en « psy » désignant tout praticien en santé mentale doté à ce moment d’une pertinence clinique équivalente à celle d’une IA. En psychothérapie, la relation imaginaire ne s’établit qu’à partir de la croyance moïque du patient qui adresse alors en la personne du clinicien sa plainte et sa demande. Mais à donner des conseils, à interpréter à tout va, à parler pour ne rien dire, à ne jamais se taire pour seulement écouter, le « psy », qui devient dès lors ami, coach, sachant ou encore guide suprême, joue le jeu de cette relation imaginaire en se parant de masques qu’une IA est elle aussi capable de porter.

Comment l’être saurait se construire, se tirer vers le haut, devenir adulte, voire sujet, à partir d’une relation imaginaire, et même artificielle, où la castration symbolique n’a pas lieu d’être ? C’est justement impossible, et le Moi, bien à l’abri, s’en ré-jouit. Intelligence artificielle qui joue au « psy » ou « psys » qui jouent au clinicien, même combat. L’être ne saurait grandir en-dehors de toute rencontre avec un de ses compatriotes humains – psychanalystes et non « psy » – qui se donne également la peine de cheminer sur le divan. Car, pour qu’une cure se targue d’être psychothérapeutique, personne n’a le droit de se leurrer en s’imaginant qu’une décompression artificielle aussi accessible qu’un pot de chambre permettrait à l’être en souffrance de construire sa responsabilité de conduire aussi sa destinée(4).

 


1 – Le journal des psychologues, Quand l’IA joue au psy, 2024, consulté le 03 juillet 2025, https://www.jdpsychologues.fr/actualites/quand-l-ia-joue-au-psy

2 – Libération, L’IA se prend pour votre psy et Freud se retourne sur son divan, 2025, consulté le 03 juillet 2025, https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/lia-se-prend-pour-votre-psyetfreudseretournesursonfauteuil20250204_UCOOPGKD4ZHOPMFDZQYAVCNFNM/

3 – Lacan, J. (1957-58). Séminaire V Les formations de l’inconscient, Édition du Seuil, Paris 1998.

4 – Amorim (de), F. (2025). « La responsabilité », in Brèves 2025, RPHÉdition, Paris, à paraître.